La Déportation

Une enquête des CM2

(juin 2005)

Il y a soixante ans, les troupes alliées libéraient les camps de concentration, ce qu’ils ont vu dépassait l’entendement. Retour sur l’horreur et sur les heures les plus sombres de notre histoire

LA LIBERATION DES CAMPS

Par Jonathan et Loïc

 Au printemps 1945, les alliés américains, russes et anglais libèrent les camps, ils découvrent l’horreur. Ce qu’ils voient dépasse tout ce qu’ils avaient pu imaginer.

 Dans les camps, ils ne restent alors que quelques survivants dans un état de faiblesse très avancé. Les nazis eux, se sont enfuis en tentant de faire disparaître un maximum de preuves : destructions d’archives, de bâtiments.

 A la fin de la guerre, un tribunal installé à Nuremberg, en Allemagne, a jugé les responsables nazis. Certains ont été exécutés, d’autres ont été condamnés à la prison ; mais beaucoup se sont enfuis. Hitler lui, s’est suicidé en avril  1945.

 Au final, près de 10 millions de personnes sont morts dans les camps, dont 6 millions de juifs.

 

 

LA SHOAH EN CHIFFRES

Par Angélica, Lauriane et Laurent

 55 Millions de morts, c’est la Russie qui a connu les plus grosses pertes humaines.

 10 millions de personnes assassinées en déportation.

 6 millions de juifs exterminés.

 76 000 juifs français déportés. Beaucoup d’entre eux ont été livrés par la police française.

 3000 : le nombre de survivants des camps en France.

 11000 : en France, 11 000 enfants juifs ont été déportés entre 1942 et 1944

Qu’est ce qu’Hitler et les nazis avaient contre les juifs ?

Par Claudine, Emilie, Fanny et Vincent

Hitler et les nazis rendaient les juifs responsables de la mort de Jésus. Pour eux, “ la race juive était inférieure aux autres ”.

Ils croyaient aussi que d’autres groupes étaient inférieurs, comme les slaves, les tziganes, les homosexuels et les malades mentaux.

Les juifs ont été chassés de leurs villages et des villes, ils étaient placés dans des ghettos. Entre 1933 et 1939, Hitler a fait plus de 400 lois anti-juifs. Il interdisait par exemple aux enfants juifs d’aller à l’école. Plus tard, il a obligé tous les juifs à porter une étoile jaune.

A partir de 1942, les juifs et tous ceux qui étaient considérés comme appartenant à une “race inférieure” ont été déportés dans les camps de concentration pour les assassiner.

Le camp du Struthof

 

La déportation en France, par Julien et Lucas

En France, il s’est passé la même chose qu’en Allemagne, mais il n’y avait qu’un seul camp d’extermination : il se situait près de Strasbourg et s’appelait le camp du Struthof.

En France aussi, des lois très dures avaient été votées contre les juifs. Ainsi, les parcs de jeux étaient interdits aux enfants juifs.

Beaucoup de Français n’étaient pas d’accord avec les nazis et certains aidaient les juifs à passer vers d’autres pays non occupés par les Allemands.

Les conditions de vie dans les camps

Par Angélica, Lauriane et Laurent

Les conditions de vie dans les camps étaient terribles : les nazis traitaient les déportés comme des animaux qu’on envoie à l’abattoir.

Quand les déportés qui avaient survécu descendaient du train, ils étaient divisés en deux catégories : les plus faibles étaient directement envoyés dans les chambres à gaz, les plus forts étaient destinés au travail forcé.

Hommes et femmes avaient la tête rasée, on leur tatouait un numéro sur le bras. Ils portaient un uniforme inconfortable et devaient supporter la chaleur, le froid et la faim.

 Le moindre signe de faiblesse était synonyme de mort.

 

Entrevue exclusive: Mme Sarrelabout

Résistante et déportée au camp de Ravensbrück pendant 22 mois. Le Mardi 3 Mai 2005, elle nous a racontés l’horreur de la déportation.

«Aujourd’’hui encore, il faut résister. Contre tout ce qui nous paraît injuste»

L’arrestation:

Quel âge aviez-vous quand vous avez été arrêtée?

 Je n’étais guère plus âgée que vous, les enfants. J’avais tout juste vingt ans.

 En quelle année avez-vous été déportée?  

J’ai été déportée en janvier 1943. Le 31 Janvier exactement. Et je suis restée 22 mois dans les camps.

Quelles étaient les conditions de vie avant d’être déporté, quand Hitler interdisait tout ?

 C’était terrible pour les juifs, ils n’avaient le droit à rien. Les enfants par exemple ne pouvaient pas aller à l’école.

 Avez vous été arrêtée avec d’autres membres de votre famille ?

Non, ma famille ignorait où j’étais et j’ai été arrêtée toute seule.

 Comment avez vous été arrêtée ?

 Cela s’est passé à mon travail. J’ai été arrêtée par la Gestapo et par la milice. 

 Quelles étaient les conditions du voyage dans les trains de déportés ?

C’était terrible, le voyage a duré cinq jours et quatre nuits. Nous n’avions rien  à boire et rien à manger et nous étions entassés. Plus le voyage avançait, plus nous étions serrés car il fallait laissait la place à ceux qui ne tenaient pas le coup. L’odeur aussi était insupportable, nous étions traités pire que des bêtes.

 La vie dans les camps

Combien de temps êtes vous restées à l’intérieur des camps ?

 Vingt deux Mois. De Janvier 1943 à fin 1944.

 Quels camps avez-vous connus ?

 J’ai connu le camp de Ravensbrück. C’était un camp de concentration qui accueillait surtout les femmes. 

Comment se passait l’arrivée au camp ? Que faisaient les allemands de vos affaires ?

 L’arrivée au camp s’est déroulée en pleine nuit. Les SS criaient, leurs chiens hurlaient. On ne comprenait rien, nous étions comme des morts vivants à la descente des wagons. On nous a attribués à chacun un numéro en Allemand qu’il fallait apprendre par cœur. Ensuite, les nazis nous ont pris toutes nos affaires : lunettes, appareils orthopédiques, ils ont tout pris… Nous étions nus comme des vers. Puis, on nous a rasé le crâne et on  nous a désinfectés avec un pinceau. C’était humiliant. 

 Comment mangiez-vous et comment étiez vous vêtue ?

Nous mangions chaque jour un morceau de pain et buvions un verre d’eau chaude tous les matins. Nous étions vêtus d’un pyjama rayé, un seul pour toute la captivité.

 Quel est votre plus mauvais souvenir de la captivité ?

 Je n’ai que des mauvais souvenirs… Mais le plus difficile ce fut la mort d’une de mes amies devant mes yeux

 Grâce à quoi avez vous survécu ?

 Grâce à  la chance. Et puis grâce à la santé, les Allemands pensaient qu’on ne pouvait  normalement survivre que cinq mois dans les camps et j’ai tenu pendant près de deux ans… J’ai survécu aussi et surtout grâce à la solidarité qu’il y avait entre les prisonniers et grâce aux sourires des autres. Il y avait toujours quelqu’un pour nous dire de tenir bon, pour nous lire un poème ou nous chanter une chanson.

 Quel travail faisiez vous dans le camp ?

 Je chargeais du sable. D’autres travaillaient à l’intérieur, certaines par exemple faisaient de la couture, mais si une aiguille étaient cassée, ils étaient battus par les SS.

 Comment se déroulait une journée ? Y avait-il des moments de détente parfois ? 

 Nous nous levions à cinq heures du matin… Parfois plus tôt, au beau milieu de la nuit si le Kapo en avait décidé ainsi… Le matin nous prenions une tasse de café… Enfin, ils appelaient ça du café… Puis nous travaillions, parfois il y avait l’appel : c’étai horrible, il fallait rester debout, immobile, pendant des heures….

 Arriviez-vous à comprendre ce que l’on vous disait dans les camps ?

 Non, mais on devinait. Je connaissais par cœur mon matricule en allemand, mais je me suis jurée de ne jamais le redire. 

Avez-vous essayé de vous évader du camp ?

 Non, c’était impossible. A ma connaissance, personne n’y est parvenue.

 Quelles étaient les odeurs à l’intérieur du camp ?

 C’était affreux, ça sentait la mort...

 Vous êtes vous fait des amis à l’intérieur des camps ?

 Oui, sans ça on ne pouvait pas survivre.

 Combien pesiez-vous à la sortie du camp ?

 Je ne pesais plus que 28 kilos...

 Quelles émotions avez-vous ressenties au moment de la libération des camps ?

 C’était indescriptible. Mais je me souviens que ma première émotion, ça était de marcher pieds nus dans l’herbe fraîche. Nous étions fin Avril.

Après la libération …

Avez-vous mis longtemps à vous en remettre ?

 Je ne m’en suis jamais remise.

  Est-ce douloureux pour vous de nous en parler ?

 Oui, c’est assez douloureux. Pendant longtemps je n’ai pas pu témoigner. J’admire ceux qui ont pu parler et raconter l’horreur des camps dès la fin de la guerre.

Avez-vous vu “ la vie est belle ” et qu’en avez vous pensé ? Plus généralement qu’est ce que vous pensez des films et des livres qui parlent de cette période ?

 J’ai vu "La vie est belle" et j’ai trouvé ce film formidable. Il transpire d’amour d’un père pour son fils, d’amour pour l’humanité et il transpire la solidarité. Quant aux livres sur cette période, il faut qu’ils soient écrits par des gens qui ont connu cela.

 

 Qu’avez-vous pensé des phrases de Le Pen sur les camps ?

 C’est horrible. Le Pen est un nazi et rien d’autre. Il est à ranger dans le même panier qu’Hitler.

 Etes-vous retourné visiter des camps ?

 Oui, chaque année depuis 1975, j’y retourne. J’accompagne un professeur et un jeune lauréat du concours du souvenir.

 Voyez-vous d’autres rescapés ?

 Oui.

Est-il possible d’être résistant aujourd’hui ? Et quelles sont selon vous les choses qui, selon vous, aujourd’hui vaillent la peine d’entrer  en résistance ?   

Oui, il faut résister. Contre tout ce qui nous paraît injuste...

Merci infiniment Madame.