Le Pont Napoléon  

Un reportage des Cm2 et Ce1 ( février 2006)

 

 

Le vendredi 3 février nous avons rencontré à l’école, Mr Mézaille Roger ancien instituteur à Grust de 1946 à 1960 et qui a écrit  une monographie très complète sur  le pont de Napoléon. La construction de ce pont est une belle histoire et un grand chantier. Le maire de l’époque avait même pris un arrêté municipal pour interdire la montée sur Gèdre à partir de 10h du matin et la descente ne pouvait s’effectuer qu’après midi.

 

La venue des souverains

Le couple impérial est un habitué des villes d’eau. Chaque été, il fréquente les stations les plus célèbres : Vichy, Plombières, Badeu, Eaux-Bonnes, Schwalbach, Areneberg et surtout Biarritz. La vie mondaine y est brillante, la cour se déplace avec les souverains.

 

 

 

 Saint-Sauveur n’est pas du tout cela, et se sont d’autres raisons qui vont y attirer le couple impérial.

 

Saint-Sauveur est connu des médecins de la cour : le roi de Hollande, père de Napoléon III, y est venu en 1807 avec la reine Hortense, qui ont marqué leur passage. La duchesse d’Angoulême en 1823 et la duchesse du Berry en 1828 y ont séjourné : deux colonnes en marbre ont été élevées en leur honneur, l’une à l’entrée de Saint-Sauveur sur le gouffre et l’autre dans le parc. D’illustres personnages, se rendant à Gavarnie, ont traversé la station dans la première moitié du siècle : Thiers, Vigny, Georges Sand, Flaubert, Taine et Victor Hugo.

Le voyage est décidé la seconde quinzaine de juillet 1859. Une lettre d’Achille Fould, ministre d’état et haut pyrénéen, annonce l’arrivée au Préfet. Le 17 août, le départ du train impérial a lieu à 17 heures et son arrivée en gare de Tarbes dans la nuit à 2h40 min. (19h40 de transport au lieu de 5h30 aujourd’hui). Le transport de Tarbes à Saint-Sauveur se fera en calèche le lendemain, après la visite du Haras de Tarbes.  Les souverains seront logés à l’hôtel Brauhauban, en face du parc,  meublé pour l’occasion avec le mobilier du Château de Pau. L’escorte comprend 60 fantassins et 10 chevaliers. Le souverains feront 18 jours de cure, à raison d’un bain par jour. Ils resteront donc 23 jours et seront de retour à Biarritz le 11 septembre.

 

Etat des lieux avant 1859

Rive droite du Gave

Vers le nord, Luz est relié à Pierrefitte par la RN 21, tracée en 1730 par l’ingénieur Polard et terminée en 1844. Au sud, une seule voie relie Luz à la montagne : c’est le chemin départemental n°12 sur la rive droite du Gave. C’est un chemin dangereux, étroit, mal entretenu.

Rive gauche du Gave

Saint-Sauveur, bâtie au pied de l’Ardiden, montagne granitique, station thermale déjà connue pour ses thermes au XVe siècle. L’établissement  thermal a été rénové en 1830, sur les plans de l’ingénieur Artigala. Le péristyle, soutenu par une double rangée de colonnes d’ordre dorique en marbre gris-bleu, donne aux thermes son originalité mais c’est la renommée de l’efficacité des eaux thermales qui, parvenant dans la capitale, motivera la venue de l’impératrice Eugénie.

Saint Sauveur finit à la chapelle Saint Joseph, édifice gothique qui regarde la vallée. Là s’arrête  l’unique rue. De la chapelle à la gorge du Gave, un chemin promenade conduit au pont Gontaut, mais il ne peut permettre un désenclavement vers l’amont. Au-delà se trouve un étroit et raide sentier qui mène à Campus. Si on l’emprunte (actuelle route de l’Agnouède), on arrive cinq minutes après à un cirque avec, en son milieu, une forme ombragé de noyers, entourée de prairies et de bois.

 

 

Description du Pont

C’est Napoléon III lui-même qui a choisi l’emplacement précis et le type du Pont. Voyant deux rochers assez rapprochés au-dessus du torrent, il a l’idée de faire une passerelle américaine, puis s’arrête à faire un pont de pierre, en harmonie avec la puissance et la majesté du site, situé en fin de l’avenue de l’impératrice.

Une  légende raconte aussi que l’Empereur aurait questionné un paysan nommé Montjean de Close et celui-ci  aurait paraît-il lancé une pierre  de l’autre côté de la rive et aurait souhaité y voir un pont…

Le tablier du pont a 68 m. de longueur, et est  situé à 63 m. du Gave. L’arc qui le soutient a 42 m. de diamètre. La voûte repose directement sur les rochers à pic qui bordent le Gave. La hauteur du niveau de l’eau à la naissance de la voûte est de 40 m. au niveau du pont.

La largeur de la voie est de 4 m. et celle des trottoirs est de 0,85 m. Une balustrade en fonte pesant 24 tonnes couronne le pont.

Pour perpétuer le souvenir du séjour de l’Empereur, la Commission Syndicale de la Vallée de Barège fit élever une colonne de 12 m. de hauteur, surmontée d’un aigle colossal, à l’extrémité oriental du Pont. La colonne, formée de 14 anneaux, est en pierre de Lourdes. L’aigle fut fait à la marbrerie de Bagnères. La hauteur totale est de 14 m.

La colonne porte l’inscription : « A leurs Majestés Impériales Napoléon III et l’Impératrice  Eugénie, les habitants de Luz St Sauveur reconnaissants ».

 Le déroulement des travaux

Suite au désir de Napoléon III, la décision ministérielle du 28 novembre 1859 porte approbation du projet de construction du Pont.

22 décembre 1859 : l’entrepreneur Gariel présente sa soumission pour l’attribution des travaux.

28 décembre 1859 : Le montage financier du projet est accepté.

12 juin 1860 : Affichage de l’arrêté de circulation sur la CD 12, route de Gavarnie pendant la durée des travaux.

21 juin 1860 : une crue du Gave emporte une partie de la digue établie pour la construction prévue de la tour.

1er septembre 1860 : cérémonie pour la pose de la première pierre par M. Garnier Préfet des Hautes Pyrénées avec bénédiction par M. Lacroix, curé de Luz.

26 octobre 1860 : première note de l’ingénieur Marx, qui enjoint  à l’entrepreneur d’avoir 136 ouvriers sur le chantier et seconde note ordonnant que les travaux soient arrêtés le 20 novembre, à cause des gelées.

16 décembre 1860 : on décentre la voûte. Le tassement observé est inférieur à 1 mm. .

Avril 1861 : reprise des travaux par l’entreprise Gariel. Ils seront menés bon train, car le pont sera livré à la circulation le 30 juin 1861.

Au début de l’année 1860, lors des travaux préparatoires, on eut à déplorer un  décès accidentel :celui de  Jean Cazaux, d’Esterre. Il fut mortellement atteint par un éclat de roche après une explosion de mine.

Coût du Pont

Le décompte définitif du 26 avril 1862 de M. Rouher, ministre des transports se décompose ainsi en francs de l’époque :

Travaux de l’entrepreneur : 294.044 F

Travaux de régie : 24.592 F

Total : 318.636 F

Sachant que le franc de l’époque était indexé sur l’or  et qu’il valait environ  20 F  soit en euro 3,049 l’ouvrage s’était  donc élevé à 971.599,3 soit environ 1.000.000 d’euros! 

L’inauguration

C’est de Biarritz, où la cour est en villégiature, que Napoléon III décide une visite d’inspection le 26 septembre 1863. Accompagné de la marquise Montijo de Guzman, mère de l’impératrice Eugénie, il arrive à Saint Sauveur vers 11 heures, visite la nouvelle chapelle et le Pont.

Il descend au bord du Gave par la rampe de la promenade et aura cette parole : « En vérité, l’art ici semble le disputer à la nature ».

Il repartira le jour même par Bagnères et la vallée de l’Adour, pour rejoindre le soir même le château de Pau.

L’inscription  sur la plaque situé au milieu du Pont porte cette phrase simple : « Le 26 septembre 1863, l’empereur Napoléon III a visité ce monument dont il avait désigné l’emplacement pendant son séjour à Saint Sauveur en 1859 ».